jeudi 15 octobre 2009

Mercredi 7 octobre 2009

6h15. Un café et un morceau de pain dans l’estomac. Sac de voyage cadenassé. Je suis prêt à partir pour Bétou.
10h00. Le véhicule arrive enfin. Un 4X4 Mitsubishi bleu. Nous chargeons. J’ai la chance de voyager à l’intérieur. Les autres passagers prennent place à l’arrière.Nous empruntons la route goudronnée en direction du nord. Au début elle est en piteux état. Le goudron fait des vagues, les trous sont emplis d’eau. Puis c’est l’allure de croisière ; nous filons à 90 km/h sur une route plutôt rectiligne, envahie des deux côtés par la végétation. Impossible pour deux véhicules de se croiser. Les piétons se protègent dans les fourrés à l’approche du 4X4 dont le chauffeur klaxonne pour prévenir.
11h00. Nous arrivons à Dongou. Le percepteur, à qui appartient la voiture, fait sa tournée. Il remet les salaires aux fonctionnaires tout le long de la route, jusqu’à Bétou. Lorsque nous quittons Dongou, nous roulons à plus faible allure, car c’est la fin du goudron et le début de la piste. Très vite nous nous retrouvons embourbés. Heureusement nous nous dégageons facilement. Et dire qu’il ne pleut pas encore…Nous passons une première fois le bac, puis une deuxième fois. Des chantiers ont bien été entamés il y a quelques années pour construire des ponts et franchir les rivières. Mais tous les véhicules semblent abandonnés, beaucoup sont sur cales et commencent à rouiller. Je doute que les ponts soient un jour construits. La piste est en mauvais état. Tous les 100 mètres nous passons les roues dans un trou d’eau. Parfois au risque de se retrouver bloqués. Plusieurs fois le pare-brise se retrouve couvert de boue.15h00. Après un détour dans un village pour le percepteur, nous rejoignons la piste. C’est la pluie qui commence. Je suis heureux de ne pas être à l’arrière et d’être bien protégé dans l’habitacle. Soudain je pense à ma valise et à son étanchéité très relative. J’espère n’avoir rien mis dedans qui craigne l’humidité.
17h00. Il pleut tant que je ne sais plus si nous empruntons la piste ou si nous remontons le cours d’un ruisseau. Nous venons de déposer le dernier passager avant Bétou. Il me dit que nous devrions arriver avant 19h00. L’eau creuse le sol. Par endroits les rigoles mesurent un mètre de profondeur. Le sol est tantôt sable, tantôt argile. Et rouler sur l’argile détrempée, c’est comme rouler sur de la glace. La voiture patine en permanence, zigzague d’un côté à l’autre de la piste. Nous finissons une fois notre trajectoire dans le fossé, peu profond heureusement.
18h30. Il fait nuit maintenant. Les pleins phares éclairent à peine la piste. On ne voit pas à 30 mètres. Le chauffeur passe son temps à essuyer le pare-brise avec un vieux chiffon. Il pleut toujours, mais plus calmement. Je me demande dans quel état je vais retrouver mes affaires. Tout le long de la piste, des habitations en bois et terre abritent des populations qui vivent de la forêt. Ce sont très souvent des pygmées qui vivent de culture et de chasse. Dans la nuit je ne vois plus que la lueur du feu à l’intérieur de leur « maison ». Certains se déplacent encore malgré l’heure tardive avec une lampe à la main.
20h00. J’aperçois de la lumière au loin. Le ciel semble éclairé. Les trois derniers kilomètres sont une vraie patinoire. La piste est beaucoup plus large, peut-être dix mètres. Nous passons d’un côté à l’autre, en patinant. La lumière surgit comme un phare droit devant. C’est l’entreprise forestière italienne Likouala Timber. Grâce à l’entreprise il y a l’électricité dans la ville, les planches sont bon marché et permettent la construction de maisons en bois avec des palissades. Tout cela donne à Bétou une allure de village du Far West. Dans la nuit une lampe de poche est allumée : c’est le père Lucien Favre. Je suis enfin arrivé après dix heures de route. Je suis fatigué, la discussion ne se prolonge pas. Nous avons tout le temps de faire connaissance.

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