mercredi 18 août 2010

Brazzaville 15.08

Cette année, le 15 août, c'est le cinquantenaire de l'indépendance du Congo. Le soir, des feux d'artifices sont tirés à grands frais. Les routes du centre-ville sont bouclées. La cérémonie commence. Des chefs d'État sont invités, des personnalités sont décorées par le président, le défilé commence. Des troupes étrangères défilent - même les Français. Le grand défilé militaire est observé par la population de la capitale, massée sur les trottoirs. Défilé des troupes à pieds, à moto, en hélicoptères et en avion. Défilé des associations en tous genres. C'est une réussite, reste au Gabon à faire mieux le 17 août.

En route pour Brazza 09.08

Je suis sur la route. J'ai bouclé mon bagage, j'ai dit au-revoir aux personnes présentes et j'ai pris place à l'intérieur du Landcruiser. Pendant le voyage, nous profitons de la musique que j'ai copiée sur une clé USB. Nous sommes passés à Mokabi, Lopola et avons dormi à l'auberge à Ikpenja. Le lendemain nous sommes arrivés à Pokola pour le déjeuné à la paroisse et avons pris le bac de la CIB pour traverser la Sangha. Arrivés à Ouesso, nous dormons à l'évêché où Mgr Yves-Marie Monot nous accueille chaleureusement. Ici, c'est la petite saison sèche.
Dîner, puis petit déjeuner. Au mur, la carte du Congo, comme à Impfondo, où je retrace notre périple. En partant, nous accompagnons un jeune qui travaille au séminaire à la promotion du travail agricole et d'élevage. Il nous montre un petit documentaire qui manque de rythme.
Les Chinois travaillent dur à la réalisation d'une route goudronnée entre Ouesso et Owando en passant par Makoua - ville proche de l'équateur où nous franchissons la rivière Likouala. Nous arrivons à Oyo, ville du président, avec ses élevages de boeufs et ses palmeraies chétives car la terre n'est pas propice à ce type de plantation. Nous y retrouvons un camp de vacances paroissial. Les jeunes sont en visite à Abo, village d'un ministre, avec son hôpital tenu par des soeurs et son seul patient, sa salle de cinéma, son night club et sa salle de conférence.

Impfondo 02.08

Arrivé il y a quelques jours, au terme d'un peu plus de sept heures de voyage, couvrant ainsi la distance qui sépare Bétou de la préfecture de la Likouala, je continue d'aider le père Lucien comme je le peux : conduisant le véhicule à la station de lavage ou faisant le plein de gazole. Deux apprentis de la section hôtellerie-restauration feront leur stage estival dans le restaurant "le Touriste" du Directeur Départemental du Tourisme.
Après la pluie de ce matin, j'ai retrouvé Yves - le formateur en Soudure-Plomberie - qui a profité de l'occasion pour retrouver Impfondo ; nous faisons une promenade vers le marché et discutons de nos projets respectifs pour l'année à venir - à la rentrée il commence le séminaire. Durant la marche, nous passons devant les bâtiments administratifs et le marché, bien plus fourni que celui de Bétou et aux prix plus abordables. Sur la route goudronnée, je dois faire plus attention : il y a de la circulation. Toujours les mêmes véhicules des diverses ONG, mais aussi quelques motos, des taxis, ainsi que des minibus qui assurent les transports. Il faut dire que Impfondo est une grande ville par rapport à Bétou, grâce notamment à son aéroport, son port sur l'Oubangui et sa route goudronnée qui relie Epéna au Sud-Ouest et Dongou au Nord.
Je partage mes repas avec le père Lucien, le père Guy, Macha - un jeune stagiaire - et monseigneur Jean Gardin qui rentre de congé. Au menu, préparé par Adrien, le riz, les haricots rouges ou verts, le poisson et parfois les spaghetti et le boeuf. En dessert nous trouvons toujours la banane ou l'ananas, mais aussi les "safous" dont je ne raffole pas beaucoup.
Ce soir le ciel menace encore, le tonnerre gronde, ce qui n'augure rien de bon pour le trajet retour sur Bétou. S'il pleut, la liaison est très difficilement réalisable malgré le 4X4 équipé de bonnes roues.

Bétou 29.07

Le bruit de fond est incessant et monotone. Les gouttes de pluie, une à une, viennent frapper la tôle, des heures durant. Depuis quelques semaines, les pluies se prolongent, le niveau du fleuve monte et la vie à Bétou est calme. L'année scolaire est terminée, plus de chants d'enfants le matin à l'école catholique, plus de cris d'adolescents qui courent après le ballon, même les répétitions des chorales se font plus discrètes, car nombreux sont les choristes qui ont voyagé. Je quitte la paroisse pour rejoindre le centre. Je fais bien attention où je pose mes pieds, entre les flaques, les herbes - qui parfois cachent des serpents - et les étendues où la boue et l'argile se mêlent. Il y en a partout, de cette terre collante, dans les moindres recoins des cadres de vélo, aux extrémités de mon pantalon, plusieurs centimètres d'épaisseur sous mes semelles que je balaierai dans quelques jours sous forme de poussière dans ma chambre.
Par la fenêtre, derrière le rideau de pluie, sous ce ciel gris, j'observe cette église où j'ai prié pendant dix mois. Lors de ma dernière messe à Bétou, le prêtre venu de Montréal m'a salué en tant que "minorité visible". J'espère avoir apporté à cette communauté un peu plus que la seule présence d'un blanc. Constamment observé, chaque étranger se doit d'être exemplaire : qu'il le veuille ou non il porte la responsabilité de représenter son pays, sa religion. Je n'ai pas failli à cette mission et j'en suis satisfait. Attentif et à l'écoute des maux de toutes sortes de personnes rencontrées ici, je me prépare à renouer avec mes proches, mes amis, restés en France. Si j'ai manqué des baptêmes, des mariages et des fêtes en tous genres, j'étais présent de tout coeur en pensée et en prière. Le retour, "c'est un autre départ" : alors en route !