lundi 17 mai 2010

Vacances à Kribi

Pour le week-end prolongé de l’ascension, nous sommes partis à Kribi, sur la côte atlantique. Après les deux premiers jours un peu gris, ce samedi nous procure un temps idéal pour la baignade. Nous sommes à « La Belle Mer », la plage est à quelques mètres seulement de notre chambre et le bruit des vagues nous berce la nuit. L’emploi du temps est réduit à son strict minimum : baignade, repas, sieste. L’eau est chaude, les vagues s’échouent inlassablement sur le sable fin, le temps s’écoule lentement sur cette plage camerounaise. Les poissons sont délicieux et le coucher de soleil splendide. Ce sont des jours heureux où je me prélasse. Nous visitons les chutes de la Lobé, spectacle unique au monde. Le soir nous dégustons des brochettes de viande et assistons au concert d’un artiste camerounais : Petit Pays.

jeudi 6 mai 2010

Voyage au Cameroun

Je suis arrivé cette nuit à Douala, au terme de quatre jours de route sur des pistes plus ou moins praticables et sur une route au goudron parfait. Nous sommes partis dimanche matin, à 10h, après la messe, le père Lucien et moi. Nous avons rejoint le père Roger à Enyellé, car c’est pour récupérer un véhicule pour les sœurs de sa paroisse que nous faisons le déplacement, ainsi que pour s’assurer du bon acheminement d’un container de matériel pour Mgr Gardin à Impfondo. Après une journée de route, nous avons été hébergés à Mokabi. Le lendemain, nous sommes passés à Pokola, nous avons ensuite passé la frontière du Cameroun en franchissant la Sangha sur un bac à Socambo et avons passé la nuit dans une auberge très modeste à la barrière du PK27. A 6h, nous franchissons la barrière, en route pour Yokadouma. En chemin, nous discutons avec un oblat polonais, avec un chef de chantier suisse, une laïque italienne qui s’occupe aussi des écoles ORA et un prêtre polonais. Volontairement, nous choisissons de ne pas suivre la route centrale vers Abong Mbang et empruntons la piste vers Lomié. La pluie et le vent ont vite contrarié nos plans : à une vitesse de 20 km/h, nous avançons péniblement sur la piste glissante et vallonnée. Après 120 km, c’est le demi-tour obligatoire à cause d’un arbre dont le diamètre est trop important pour notre petite tronçonneuse. Nous passons la nuit dans une petite auberge à GVI, nom de la société forestière implantée à cet endroit. Enfin, en prenant la piste de la société vers le nord, nous rejoignons Mbang, puis Abong Mbang où le père Georges-Henri nous invite à déjeuner. Après le repas nous parcourons encore les 470 kms restants pour rejoindre Douala, en passant par Yaoundé. Cette route goudronnée, bien entretenue, est meurtrière. En quelques heures, nous avons été témoins de quatre accidents récents. La majorité des cas impliquant des camions. Les grumiers en provenance de toute l’Afrique centrale, les citernes approvisionnant les diverses stations du pays et les sociétés forestières et les transporteurs d’éléments de pipeline à destination du Tchad occupent la route, pendant que les 4X4 flambants neufs roulent à très vive allure, frôlant les piétons et les motocyclistes inconscients qui circulent le long de la chaussée. En bref, je suis bien arrivé.

Construction d’une école ORA à Ngoundimba, au clair de lune.

Depuis la fin de la rencontre des coopérants de Centrafrique et mon retour laborieux de Bangui, j’ai été absorbé par le travail, mais aussi quelques à côtés distrayants. Organisation des compositions de fin de deuxième trimestre, réalisation et livraison de 110 tables-bancs financés par l’UNESCO au profit des écoles des « déplacés » de Bétou, réalisation de 100 tableaux supplémentaires financés par l’UNICEF à destination des écoles des « déplacés » dans le nord de la Likouala, fête d’anniversaire de M. Fidelis, matchs de football de l’équipe Ewawa (au bout de 15 minutes de jeu à 16h, sous un soleil écrasant, je suis déjà épuisé), visite des écoles ORA de Wongo et Wongo 2, accueil de séminaires de formation au centre d’apprentissage, construction d’un centre d’écoute à proximité du centre des malnutris et enfin construction d’une nouvelle école ORA à Ngoundimba. Pendant ce temps la société est à l’arrêt pour rupture d’approvisionnement en carburant, donc en électricité…

lundi 5 avril 2010

Retour à Bétou : toute une aventure !

Enfin revenu à la réalité de Bétou, je replonge dans les difficultés de l’éloignement.
J’ai d’abord passé une bonne semaine à Bangui, à la maison St Charles. Après quelques courses, rapidement effectuées dans les premiers jours, je me suis rendu au centre Jean XXIII pour la rencontre annuelle des coopérants de Centrafrique. En deux jours, nous avons abordé quatre thèmes : l’adéquation à la fiche de poste, le développement, la vie affective et la relation avec l’église. Pouvoir discuter avec d’autres coopérants m’a fait un bien énorme en rompant avec mon sentiment de solitude quotidien. Je me suis rendu compte de la chance qu’avaient certains coopérants de vivre ensemble et ainsi de partager immédiatement leurs expériences de la vie africaine et de leur travail. Ma chance à moi, c’est d’être un peu plus en contact avec la population locale.
Après la rencontre, j’ai attendu la première occasion de rentrer sur Bétou et les choses ont commencé à se compliquer. Repoussé à deux reprises, mon voyage a débuté samedi. Au rendez-vous dès 13 heures, il a fallu attendre 16 heures pour que l’on finisse de charger le véhicule et réaliser encore quelques courses de dernière minute. Nous arrivons au bac de Mongoumba à la nuit tombée et prenons tout de même le risque de traverser, à la lumière des phares des camions stationnés depuis deux jours. La fragilité de la rampe ne leur permet plus de tenter la traversée et ce sont donc des chauffeurs excédés que j’ai découvert. A Mongoumba, le poste frontière est fermé pour la nuit. Il n’y a plus de place à l’auberge : c’est dans la cabine du véhicule que je tente de passer la nuit, malgré un mal de dos qui a débuté le matin même. Le dimanche matin, nous reprenons la route. Arrivés à la douane, nous constatons la crevaison d’une roue. La roue de secours étant sous le chargement du véhicule, il a fallu tout sortir avant de tout remettre en place une fois le remplacement effectué. Après 18 kilomètres, nous atteignons le poste frontière. A ce moment, la roue que nous venons de changer se dégonfle bruyamment. Coincés, le chauffeur part avec le premier véhicule pour aller réparer la roue au village voisin. Sur place, peu à manger, pas d’eau réellement potable et le vent violent annonce déjà la pluie. Au bout de 4 heures, le chauffeur revient et répare le véhicule. Sur la piste humide, nous nous déplaçons plus lentement. J’espère qu’aucun arbre ne s’est mis en travers, car nous n’avons pas de tronçonneuse. Nous arrivons finalement à Bétou à 18 heures, le soleil vient de se coucher. Tout heureux d’être enfin de retour à Bétou, je passe la soirée avec Fidelis et Gabriel, les camerounais. J’arrive à la paroisse à minuit et constate que la serrure a été changée. Je frappe à la porte, personne ne répond. Je me demande même s’il y a quelqu’un. Je passe à nouveau la nuit dehors. Lundi 5 avril, 6 heures du matin, la porte s’ouvre, je suis enfin rentré. Je n’ai pas bu beaucoup, ni mangé depuis près de deux jours.

Vacances

Bangui, Vendredi 26 mars 2010

Depuis un moment, le silence s’était invité à la société forestière Likouala Timber de Bétou. D’abord, pendant une semaine, le manque de carburant a signé l’arrêt des machines et du chômage technique pour un certain nombre d’employés. Puis, au début de la semaine, c’est la grève qui a débuté. Revendication principale : paiement des salaires de janvier et de février. Reste à voir quelle sera la nouvelle politique de la société quand je rentrerai, si nouvelle il y a.
Vivent les vacances. Le centre d’apprentissage ne ferme pas complètement les portes. Certains continuent à travailler. L’inspecteur des sports, sous l’impulsion du ministre, lance officiellement les jeux de l’ONSSU de jeudi à samedi, sur le terrain du stade municipal. Au programme : vitesse, relais, dzango pour les filles et football pour les garçons. Patricia a entrainé des filles motivées toute la semaine, quant aux garçons ils se débrouillent seuls. Je laisse ma place vacante. Je suis en voyage à Bangui : en vacances. Daniel Marchand, mon chargé de mission suppléant, est venu me rendre visite à Bétou. Il a pu tranquillement apprécier le cadre de vie et de travail dans lequel j’évolue depuis bientôt six mois. J’ai profité de l’occasion pour l’accompagner en Centrafrique. Passant par Mbaïki, j’ai rencontré quatre autres coopérants avant de retrouver la maison St Charles à Bangui. Les 30 et 31 mars aura lieu la rencontre des coopérants de Centrafrique à laquelle j’ai été gentiment convié en tant que proche voisin. Dans l’attente, j’ai été chargé de faire quelques achats - Bangui étant considérée comme un supermarché pour les gens de Bétou. Je profite également de la douche et des repas un peu plus variés. J’ai ainsi mangé du museau, en laissant, un peu dégouté, un bout de mâchoire et quelques dents dans le fond de mon assiette, cependant le goût n’est pas mauvais. Aussi, profitant de mon temps libre, j’ai entamé la lecture d’un pavé de 1200 pages : Le Seigneur de Bombay, par Vikram Chandra.

vendredi 19 mars 2010

Une journée sur l’Oubangui

Résultat sportif : Espoir bat Flèche Noire par 3 buts à 0. Chose inhabituelle, le match suivant opposant les deux premiers du championnat, les matchs ont été placés sous surveillance militaire armée pour garantir la sécurité aux abords du stade municipal.Vendredi je suis parti avec le père Lucien et l’Inspecteur de l’enseignement primaire sur le fleuve à bord d’une pirogue à moteur. Couvert de crème solaire, j’ai cuit au soleil toute la journée. En demandant à l’inspecteur où nous nous rendions, il a répondu à Afrique du Sud. Je me suis dit que le trajet serait peut-être plus long que je ne le pensais. En réalité il s’agit du nom d’un petit village proche de Boyelle dans lequel nous avons distribué des kits scolaires, des tableaux et un ballon de foot tout neuf.Au retour, nous pensions arriver avant la nuit, mais à une heure de Bétou nous avons préféré nous arrêter avant la tempête et la laisser passer. Le vent a soufflé très fort sur Bétou, s’engouffrant par la fenêtre de mon bureau ouverte sous le coup des rafales, faisant s’envoler tous les papiers. La pluie est venue ensuite mouiller le tout. Heureusement, sur notre pirogue, nous n’avons pas été touchés. Nous sommes rentrés à la nuit, ne trouvant pas l’électricité. Il m’a fallu deux jours pour remettre en état mon bureau. Je n’ai rien perdu d’important.Découvertes culinaires : ces derniers jours j’ai mangé l’antilope, le porc-épic et l’iguane (ou varan du Nil), ainsi que des huitres. Samedi soir, nous avons apprécié une bonne fondue suisse. Ca change de l’habituel bouillon de poisson-manioc ou du poulet-banane plantain.

lundi 8 mars 2010

Courant

Voici trois semaines que je ne vous ai pas tenu au courant de mes activités. Le mois de février s’est achevé bien rapidement et voilà déjà une semaine du mois de mars qui s’est écoulée.
Après une grève des formateurs, leur retour au travail, de nombreuses discussions pour un matériel plus conséquent au centre d’apprentissage, les cours ont repris leur routine habituelle avec les éternels retards et absences prolongées. Nous avons enfin récupéré le véhicule permettant aux apprentis-mécaniciens d’effectuer leur pratique. J’ai renvoyé un élève pour vol, ainsi qu’une dizaine pour défaut de paiement des frais de scolarité. J’ai trouvé des places à la société pour le travail de nettoyage dominical à certains apprentis. D’autres ont travaillé à la réalisation de cent tableaux, payés par l’UNICEF à destination des écoles pour les déplacés. Bientôt un financement permettra la réalisation de cent dix tables-bancs pour les écoles ORA.
Vendredi dernier la société a procédé à des coupures de courant. Le générateur, en surchauffe, est mis à rude épreuve. Si jamais il lâche, nous n’aurons plus d’électricité tant à la société que pour la ville de Bétou. Un ventilateur souffle en permanence dessus. Malheureusement cette coupure a eu des conséquences inattendues. Le commissaire de l’immigration, profondément atteint par cette coupure brusque, a pris le temps de contrôler les papiers des salariés expatriés de la société. Résultat, deux formateurs camerounais du centre ont passé la journée en prison. Le premier, M. Gabriel, était un des arbitres du match. Le second, M. Fidelis, était le capitaine de mon équipe Flèche Noire. A une heure de la rencontre avec le premier du championnat, je perds mon capitaine. Score final six à zéro. C’était une défaite attendue, mais j’en garde un goût amer : nous aurions pu faire beaucoup mieux. La semaine dernière, nous avons battu l’équipe adverse trois à zéro. Nous atteignons donc la dernière place du classement, après la disqualification du précédent dernier.
Une nouvelle ONG a fait son apparition à Bétou : Acted. Les autres travaillent toujours autant. Cinq cents maisons sont en construction pour reloger les déplacés, mais beaucoup ont déjà quitté la ville car ils meurent de faim.
En cette journée internationale de la femme, la formatrice en couture a décidé qu’elle ne travaillerait pas aujourd’hui.