De retour à Bétou après une semaine de vacances, je retrouve Thierry, capitaine du BOMASSA, un bateau-baliseur. Il passe deux jours amarré au pied du Centre d’Apprentissage et nous invite, le père Lucien et moi, à dîner à bord. Sa cabine, un véritable appartement avec cuisine, chambre, salle de bain et une salle à manger-salon où j’apprécie la climatisation. La télévision est allumée sur France 24 ou TV5 Monde tandis que nous prenons un apéritif. Thierry nous raconte sa malheureuse aventure : il a été arraisonné par des rebelles de RDC qui l’ont emmené auprès du chef de village, autoproclamé général. Sa vie a été menacée et sa cabine pillée. Les pirates improvisés étaient à la recherche d’armes, d’argent et de nourriture. Ils ont pris également les portables et l’alcool. Il nous apprend que dorénavant, pour franchir ces dizaines de kilomètres de rivière dangereux, il paye une escorte militaire qui n’a pas hésité à ouvrir le feu sur d’autres jeunes avides de violence, complètement drogués et galvanisés par leurs chefs. Les populations continuent de fuir cette région de l’équateur trop longtemps ignorée. A Bétou les ONG s’organisent pour accueillir ces populations : le PAM distribue des vivres par camions entiers venus de Bangui - ils ne comprennent pas le pillage qui a suivi la mort accidentelle d’un jeune enfant écrasé par l’un de leur camion, en réalité le chef du village a sauvé la vie du chauffeur en permettant aux villageois de se dédommager sur place - MDA poursuit son action et MSF a envoyé toute une équipe de « blancs », médecins et infirmiers, venus organiser les soins à l’hôpital de Bétou qui ne désemplit pas. A la société, on fabrique trois cercueils par semaine et beaucoup ont de petites dimensions. La malnutrition affaiblit et la maladie terrasse. Les noyades sont fréquentes.
Loin de ces considérations, mon travail au Centre d’Apprentissage a repris. Je donne 5 à 6 heures de cours de Français par semaine et continue à assumer les fonctions de directeur adjoint, coordinateur des emplois du temps et comptable du restaurant d’application. Le Centre des malnutris accueille environ 50 enfants. Les mères écoutent attentivement les conseils nutritionnels et d’hygiène prodigués par Mme Béatrice. En nettoyant le local pharmacie avec le gardien, c’est une dizaine de cafards que j’expulse et un scorpion dont nous abrégeons la vie : j’ai eu un mouvement de recul lorsque je l’ai aperçu. Le râteau du jardinier montre des signes de faiblesse, je le porte à Yves, formateur en Soudure. Le jardinier retrouve le sourire, dans son jardin les criquets ont fuit face à l’insecticide et les cendres des déchets de bois brûlés à la société font un bon engrais pour ses légumes.
Enfin une note d’espoir, mon équipe de Football, Flèche Noire, a fait match nul ce samedi, 3-3 : un score encourageant. Les joueurs sont rentrés avec le sourire.
mardi 12 janvier 2010
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